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Quentin Tarantino a grandi à Los Angeles. Il a passé la moitié de son enfance à fréquenter un cinéma de quartier passant principalement des films de kung-fu ou des films dits “de série B”. Ces derniers sont des films à budget relativement faible dont la trame se déroule la plupart du temps dans d'une ambiance plutôt malsaine. Depuis tout petit, il a donc grandi dans un univers cinématographiquement violent. Il a d'ailleurs visionné en salle le film cru “Délivrance” à l'âge de neuf ans, se moquant bien du fait que ce programme soit interdit aux moins de 12 ans. Cela explique principalement l'excès de brutalité présent dans ses films. D'ailleurs, quand un journaliste critique la barbarie surexploitée dans Kill Bill, Tarantino répond : “C'est sûr que Kill Bill est violent. Mais c'est un film de Tarantino. Vous n'allez pas à un concert de Metallica et demander à ces cons de baisser le volume.”
Le sang est presque une marque de fabrique pour Quentin Tarantino. Nous nous rappelons tous de ces litres d'hémoglobine rouge fluo dans Kill Bill, Pulp Fiction ou encore Reservoir Dogs.
Après la scène d'ouverture de Reservoir Dogs, où différents protagonistes discutent le plus calmement du monde autour d'un petit-déjeuner, nous sommes, dès la seconde scène, plongés dans une ambiance pesante. La musique “Little Green Bag” accompagnant le générique laisse place aux cris de douleur de Mr. Orange (incarné par Tim Roth). Nous le voyons par la suite sur la banquette arrière d'une voiture, baignant dans son propre sang. A l'avant, Mr. White (Harvey Keitel) conduit à vive allure pour échapper aux forces de police.
Mr. Orange (Tim Roth)
Mais ce sang, comme nous pouvons le voir sur l'image ci-dessus, est très fictif. Il est particulièrement liquide, et la couleur n'est pas des plus naturelles non plus. Celle-ci est bien plus claire et vive que de la véritable hémoglobine. À tel point que sur certains plans, cela tire au rouge fluorescent. Le film se déroule principalement dans un hangar. Au bout d'une heure, des litres de sang pastiché tapissent les murs et le sol de la bâtisse. La quantité est indubitablement exagérée, elle aussi.
Les effusions de sang, dans bon nombre de ses films, sont elles aussi exagérées. L'exemple le plus frappant reste la scène du Massacre de la Villa Bleue, dans le film Kill Bill Vol.1. Dans une folie vengeresse, la Mariée (Uma Thurman), personnage principal de l'histoire, découpe à tour de bras les membres et les têtes d'une trentaine de Yakuzas. Mais, ce qui retient surtout l'attention n'est pas la prouesse combative en elle-même, mais justement le sang qui gicle. Les proportions sont démesurées. Ce sont de véritables fontaines d'hémoglobine, des karchers à liquide rouge fluo.
Crazy 88 (Kill Bill Vol. 1)
Lors de la première de Pulp Fiction, une spectatrice s'est évanouie. Quand il a appris cela, Tarantino a déclaré : “Le film réussit son coup ! Il est trop intense pour l'être humain ! Toucher le cœur des gens au point de l'arrêter… Ça, c'est du cinéma !”.
Toutefois, la violence dans ses films n'est jamais trop brutale. Elle s'accompagne toujours (ou du moins la plupart du temps) d'autres éléments apaisant le spectateur. Cela peut se caractériser par une dérision, ou même une suggestion de la violence.
Dans Pulp Fiction, on peut voir trois hommes discuter calmement dans une voiture. Vincent Vega (John Travolta) se retourne pour poser une question à Marvin (Phil La Marr), mais lui tire accidentellement dans la tête.
Des projections de sang et de cervelle s'étalent à l'arrière de la voiture. La mort d'un individu est ici totalement banalisée par la tournure comique que prend la scène. La réaction des personnages ne peut qu'amuser, ou du moins, ne peut pas choquer le spectateur, ni le laisser dans une ambiance morbide. Le spectateur se demande tout de suite comment vont faire les deux héros pour pouvoir se sortir de cette situation. Ils ne se répandent pas sur le sort de l'innocente victime.
Vincent et Jules (J. Travolta et S.L. Jackson)
Dans Kill Bill également, la violence est fortement ironisée. Les projections irréalistes de sang ne sont là que pour rassurer le spectateur. Elles lui rappellent que ça n'est que de la fiction. Ca n'est pas réel, c'est une histoire. Tarantino déclare que c'est un hommage aux cartoons. C'est la même façon de voir la violence. Personne ne va se plaindre à la Warner Bros pour les scènes où Coyote tombe du haut d'une falaise et se fait écraser par un train, après avoir été enfermé dans un canon humain. C'est cette même vision des choses que Quentin Tarantino a de Kill Bill.
Lors d'une scène de Boulevard de la Mort (Death Proof), le réalisateur s'amuse à tester l'effet inverse. Une jeune femme se fait arracher la jambe dans un accident de voiture sans la moindre goutte de sang. La jambe retombe sur le sol. Le plan dure suffisamment longtemps pour que le spectateur puisse se rendre compte que c'est bien une fausse jambe. Encore une fois, on est rappelé à la réalité par le réalisateur lui-même : “C'est juste une blague, ça n'est pas réel.”, pourrait-il dire.
La scène la plus insoutenable de tous les films de Tarantino est indéniablement celle où Mr. Blonde (Michael Madsen) découpe l'oreille d'un policier (Kirk Baltz).
Scène la “plus horrible” de tous les films de QT (Reservoir Dogs)
Nous pouvons en juger par la capture d'écran ci-dessus : on ne voit rien. Le champ de vision de la caméra dévie lors de la scène de torture. Quentin Tarantino se justifie : “On reproche au film sa violence. Je prends ça comme un compliment parce que je sais que le film n'est pas très violent. On trouve le film bien plus violent qu'il ne l'est vraiment. De Palma a dit un jour : “Si on filme trop bien la violence on nous le reproche.” Personne ne se s'en prend aux mauvais films, pas vrai ? En un sens, c'est flatteur. Surtout que Reservoir Dogs est un film très bavard. Il y a trois scènes de violence. Le reste du temps, les personnages discutent. Et l'acte le plus violent, on ne le voit pas à l'écran. Alors, merci du compliment.”