Big Kahuna

Film au hasard :

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Tarantino's touch

Sommaire :

  1. Un geek sous influence

2 – Un geek sous influence

Le cinéma de Tarantino, peut à première vue paraître n'être qu'un vaste fantasme de cinéphile. Refaire le cinéma tel qu'on l'aime, avec les frères Weinstein derrière pour allonger la monnaie. Tarantino en bon maniaque amoureux du cinéma, pille sans hésitation les idées des films qu'il aime et se les réapproprie. Remises dans le contexte de ses films, devenues références, et insérées dans une nouvelle trame narrative, les idées qu'il brasse parviennent à créer un tout cohérent, invisible pour le spectateur lambda, jubilatoire pour le cinéphile. Quentin Tarantino parvient grâce au montage (on saluera au passage le travail de Sally Menke) à placer de manière habile et cohérente chacune des références qui composent ses plans.

Les films de Tarantino sont imprégnés de l'amour du réalisateur pour le cinéma. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il arrive à nous faire ressentir cet amour et ainsi à nous contaminer, nous poussant à vouloir revoir ou découvrir les films auxquels il fait référence… En tout cas pour une partie du public que son cinéma intéresse (et si vous êtes sur ce site, il y a des chance que vous en fassiez partie).

Because we love making movies!
Tournage d'Inglourious Basterds : “Because we love making movies!”

L'œuvre de Tarantino est influencée par son amour du cinéma de genre, mais aussi du cinéma d'exploitation. Cette dernière qualification, moins connue du public désigne pourtant un cinéma bien plus populaire, destiné en priorité aux classes sociales plus modestes ; d'abord projeté dans des cinémas de quartier supposés se faire de l'argent sur le dos des fleurons du genre, puis arrive directement dans les salons avec l'émergence de la vidéo. Aujourd'hui l'époque du cinéma d'exploitation semble en partie révolue à cause de la fermeture des petites salles de quartier et de la fin de la VHS (ce n'est pas exactement le cas, il reste encore aux USA un marché de la DTV, certes moindre mais bien vivant ainsi que quelques régions du monde comme l'Asie où les petites productions fauchées ont encore cours). Le cinéma d'exploitation tient une part importante dans la cinéphilie de Tarantino et au niveau de l'influence sur son œuvre, et pour cause : il s'agit là d'un pan alternatif à la culture : la contre culture. Ses films, comme par exemple Pulp Fiction, peuvent rappeler la Beat Generation, avec son absence de scénario, sa narration totalement fragmentée, son langage vulgaire. Tarantino ne renie pas pour autant ses influences culturelles, mais ses films témoignent d'un amour pour le cinéma dans sa globalité et même des œuvres plus « nobles » trouvent leur place dans son cinéma. Il suffit pour s'en convaincre de voir l'influences de la nouvelle vague française dans Pulp Fiction ou les références au cinéma Allemand d'avant seconde guerre mondiale dans Inglourious Basterds.

L'intention de Tarantino, geek passé derrière la caméra, serait peut-être de faire revivre, ne serait-ce que le temps d'un film ces sensations éprouvées devant les films qu'il regarde, tombées aujourd'hui dans l'oubli pour l'industrie du cinéma. Nostalgique ? Son cinéma l'est, et il est d'autant plus intéressant de voir que cette nostalgie dessert le propos de ses films. Il suffit de voir avec quelle minutie Tarantino tente de retrouver l'esprit Grindhouse des bandes de drive-in dans Boulevard de la mort : pellicule abîmée, spots précédant le film, jump-cut, faux raccords, mise au point maladroite, changement de titre… toutes ces « maladresses volontaires » voire barbaries cinématographiques, et mises en situation artificielles, dont l'approche fait très « nouvelle vague » sont là pour témoigner de l'amour du réalisateur pour ce pan du cinéma et sa volonté de le ressusciter. Tarantino connaît bien les codes du cinéma, ce qui lui permet de retrouver tous ces tics de réalisation qui ont fondés le cinéma. Montage des attractions, inserts (le plan de l'aiguille dans Pulp Fiction), montage parallèle,… Ces éléments basiques de la grammaire cinématographique, Tarantino les connaît et les réutilise de manière méticuleuse. Il utilise aussi des procédés moins conventionnels comme le noir et blanc ou l'arrêt sur image, afin d'utiliser au maximum les possibilités offertes par le cinéma. Tarantino n'hésite pas non plus à réutiliser des procédés rappelant des cinématographies spécifiques comme les zooms dynamiques tout droit sortis des films de la Shaw Brothers, des déplacements sur le globe se faisant par animation sur une carte ou encore à insérer des longs plans séquences et des split screens en hommage au cinéma de Brian De Palma.

 split screens
L'écran séparé chez Brian De Palma : 'Blow Out' (en haut) et chez Quentin Tarantino : 'Kill Bill : Volume 1'.

Le cinéma de Tarantino est très stylisé, ne serait-ce que par ses influences mais au-delà de ce qui touche à la réalisation, il n'hésite pas non plus à reprendre ce qui faisait la consistance même de certains plans des films de séries B comme par exemple le placement de produits. Tous ces procédés, il les utilise avec du recul, en ayant la volonté de citer et réfléchir sur l'esthétique des cinématographies qui travaillent son œuvre. Ils sont là pour apporter un cachet d'authenticité à son entreprise de réappropriation de genres mais témoignent aussi de l'amour qu'à le réalisateur pour ces petites choses qui font la diversité du cinéma.