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Maintenant posons nous la question de savoir qu'est-ce que cette touche qui caractérise son cinéma. Une première piste réflexive pourrait s'amorcer en se posant la question du genre. Tarantino est un passionné de cinéma de genre et de cinéma d'exploitation. Tous ses films sont une relecture d'un ou plusieurs d'entre eux qu'il a détourné et remis à sa sauce. Polar, blaxploitation, western, kung fu, chambara, animation japonaise, yakuza-eiga, slasher, film de guerre… tous ces genres et sous-genres sont passés entre les griffes du cinéphage et ont été revus et corrigés par le réalisateur. Qu'en a-t-il gardé ? Qu'a-t-il transformé ? On peut constater que Tarantino prend à contre-pied les attentes. Il déconstruit le genre, n'en garde que des éléments essentiels pour que l'on fasse le lien et… voilà tout. Il suffit de voir Reservoir Dogs, polar réalisé en 1992, largement inspiré par City on Fire de Ringo Lam. Que reste-t-il ? L'histoire. Quasi similaire du début à la fin. Comment est-elle racontée ? De manière totalement différente.

City on Fire de Ringo Lam et Reservoir Dogs de Tarantino
Tarantino et Roger Avary, déconstruisent leur récit et fragmentent la narration. Du braquage, il n'en reste que des paroles et à aucun moment du film il ne sera montré. Reservoir Dogs, résumé en quelques mots, devient ainsi à l'image de tout le reste de sa filmographie (exception faite du diptyque Kill Bill) une succession de longs tunnels de dialogues, entrecoupés de scènes violentes. Tout l'intérêt de ces longues conversations vient surtout du fait qu'elles débouchent en général sur une furie violente qui éclate à la figure du spectateur, que celui-ci s'y attende ou non. Comme chez Kitano, la violence qui vient contraster avec ce qui a précédé, n'en est que décuplée. Mais Tarantino ne s'arrête pas là et réinvente sans cesse cette articulation dialogues/violence afin de lui faire porter une charge différente. Si la conversation entre Kiddo et Bill à la fin de Kill Bill vol.2 se termine sur un final libérateur pour le spectateur et la protagoniste; dans la scène d'introduction d'Inglourious Basterds, voyant un homme cacher une famille juive chez lui lorsque des nazis viennent l'interroger, l'enjeu est tout autre. La conversation est un moyen pour le cinéaste de créer un climat de tension de plus en plus insoutenable à mesure que dure la conversation et qu'elle s'oriente vers le destin funeste qui attend la famille Dreyfus.
Les dialogues dans le cinéma de Tarantino ne peuvent pas être relégués à un simple outil rythmique. A l'image d'un réalisateur qui a des choses à dire, ses dialogues ont aussi des choses à dire. S'il ne s'agit pas d'une réflexion sur le sens de la vie, ces dialogues témoignent en tout cas d'un réel amour du cinéaste pour son sujet. Il faut savoir que Tarantino écrit ses films en pensant à ses personnages. Et si l'histoire n'est pas au centre de son récit, les personnages le sont. C'est pourquoi Tarantino a besoin de deux choses essentielles pour ses films : de bons acteurs et de bons dialogues. Etant l'auteur de ses films, il écrit les dialogues en pensant à ses personnages et donc à ses acteurs. Il n'est donc pas étonnant de rester ébahi devant la performance de ceux-ci (Tarantino étant aussi connu pour être un très bon directeur d'acteur). Il suffit de voir la performance de Christoph Waltz dans Inglourious Basterds pour s'en convaincre.
Ce qui frappe au premier abord dans les dialogues de Tarantino, et peut-être ce qui a fait leur réputation, est cette recherche du naturel à l'extrême. Les dialogues peuvent être aussi vides qu'inintéressants et le réalisateur n'hésite pas à employer le langage courant voir vulgaire. Le sujet des dialogues chez Tarantino est rarement lié à l'intrigue (mais y'en a-t-il toujours une ?) et ne la font pas pour autant avancer. Ils vacillent aisément entre humour et sérieux et l'on ressent l'envie du réalisateur de coller avec les conversations du quotidien. Et pour cause, c'est pour lui un moyen de parler de ce qu'il aime : la culture.

Un Big Mac, c'est Big Mac, sauf qu'ils disent LE Big Mac !
Bien entendu de la part d'un geek, il faut s'attendre à ce que les dialogues prennent aussi une tournure cohérente : la réflexion sur la pop culture. A ce titre, les références et les points de vus sur tout ce qui influence Tarantino sont monnaie courante. Une pratique que l'on retrouve chez d'autres scénaristes talentueux comme Kevin Smith, David Chase ou Joss Whedon, mais jusqu'ici surtout réservé à la télévision du fait de son approche plus populaire, de son format plus long et du récit sériel moins centré sur l'intrigue et s'autorisant des champs d'investigation plus vastes. Pour revenir à ces conversations sur la pop culture, qui ne se souvient pas de celles tournant autours des fast food au début de Pulp Fiction ou encore Samuel L. Jackson parlant du flingue de The Killer, le film de John Woo dans Jackie Brown ? Une manière pour Tarantino de rendre hommages à ses maîtres, mais aussi d'apporter un point de vue sur ses influences.